Le marché provençal n'est pas une animation : c'est une infrastructure. On y vend, on y achète, on y apprend la météo, les vendanges et les ragots — la table du Luberon commence sur une place, entre 7 et 13 heures.
La semaine idéale
Mardi — Gordes. Le marché investit les places du village perché : parfums de lavande sous les platanes, fromages du plateau, miel, fruits de la vallée. Venir à 8 heures : après 10 h 30, ce n'est plus un marché, c'est un défilé.
Jeudi — Roussillon. Petit, familial, ocres de façades en décor : le marché du pays rouge se fait en une place et trois ruelles — chèvres, agneau, pommes du plateau, et l'étal de miel de lavande qui sent la garrigue à dix mètres.
Vendredi — Bonnieux. Sous les tilleuls de la place basse, le marché du village-balcon : c'est celui des cuisiniers — producteurs de légumes de la plaine, cerises en mai-juin, cagettes de fins de moisson.
Samedi — Apt. Le grand marché paysan du bassin, l'un des plus réputés de Haute-Provence : trois places, des centaines d'exposants en saison, le monde agricole en majesté. Melons de Cavaillon, fruits confits des maisons aptésiennes, fromages des zones de parcours, huiles des confins. C'est aussi le jour des achats de la semaine — prévoir un cabas à roulettes et de la monnaie.
Dimanche — Coustellet. Le marché « producteurs seulement » de la vallée, sous les platanes : le plus honnête du massif, celui où l'on discute une heure pour trois tomates — et où l'on revient pour la discussion. Pain au levain, œufs, volailles, vins de la route des vins du Luberon voisine.
L'art du panier
- L'heure juste : à l'ouverture pour le choix, à la chute pour les prix ; jamais entre les deux, c'est l'heure des badauds.
- La règle du producteur : mains rudes, cagettes sales, carte de paiement inutile : c'est bon signe. Les étals trop beaux sont souvent des étals de grossistes.
- La saison d'abord : asperges en avril, cerises en mai, melons de juin à septembre, tomates et poivrons en août, châtaignes en octobre — le marché luberonnien ne connaît pas le hors-saison, et c'est sa grandeur.
- Le sans-faute local : miel de lavande, chèvre frais, huile d'olive de Haute-Provence, un rosé bien frais — le pique-nique parfait tient dans une natte.
Avertissement de méthode
Les jours de marché sont stables mais les horaires, tailles et saisons varient : ce semainier décrit l'ordre immémorial (mardi-Gordes, jeudi-Roussillon, vendredi-Bonnieux, samedi-Apt, dimanche-Coustellet) — vérifier toujours auprès des offices de tourisme avant un déplacement dédié. Un marché déplacé pour une fête du village n'en est que meilleur.
Après le marché : la cuisine
Le panier rempli, reste la méthode. La cuisine du marché luberonnien est simple parce que la matière est juste : tomates en salade avec une huile fruitée, chèvres frais poivrés au thym du chemin, melon au porto ou en entrée de froid, daube du samedi remise au four du dimanche. Les recettes de saison suivront dans la rubrique Table provençale ; en attendant, notre meilleur conseil est le plus ancien : acheter peu, très bon, et ne rien gâcher.
Le marché comme lecture du pays
Un marché de village est un document vivant : la part des producteurs dit la santé de l'agriculture locale, les étals de fromage racontent les troupeaux des plateaux, les rangs de lavande dessinent la géographie du vallon de Sénanque, et les discussions sur le millésime annoncent les dégustations d'automne. Flâner à Gordes un mardi matin, c'est lire le Luberon en version originale.
La rédaction
Margaux Aubanel · rédactrice du magazine. Née à Apt, elle a grandi entre les drailles du plateau et les marchés du mardi : elle signe les portraits de villages, les itinéraires de fond de vallon et les chroniques du patrimoine du Jas du Luberon.