Il y a deux façons de voir le Luberon : du village, en touriste ; ou de la crête, en voyageur. La traversée à pied — trois à cinq jours selon le rythme — reste la manière la plus juste d'éprouver ce que le massif a d'unique : sa continuité.
Le fil : deux GR pour un massif
Deux sentiers de grande randonnée cousent le Luberon dans le sens de la longueur. Le GR9, qui relie par étapes la Drôme à la mer, en traverse l'échine — c'est lui qui mène au Mourre Nègre, point culminant du Grand Luberon à 1 125 mètres. Le GR97, son cousin septentrional, dessert la face nord et relie les villages des Monts de Vaucluse aux confins du massif. Entre balisages rouge et blanc, variantes et chemins communaux, l'itinéraire se compose librement : trois jours en foulées soutenues, cinq en flânant de table en lavoir.
Le récit d'une traversée type
Jour 1 — Cavaillon, Bonnieux ou les entrées ouest. On part de la plaine, on grimpe vite : le versant sud est une muraille, et la première crête récompense par la vue sur la Durance et l'alignement des villages perchés. Nuit à Bonnieux ou Lacoste — voir notre portrait de Bonnieux et du plateau du Claparèdes.
Jour 2 — Le plateau. Le chemin s'aplatit sur le dos du massif : forêt de chênes verts, clairières à brebis, murs de pierre sèche à perte de vue. Selon la saison, on croise des troupeaux en transhumance et leurs chiens de garde — contourner large, rester calme. Nuit à Sivergues, hameau-jas s'il en est, ou Buoux et son fort célèbre des archéologues.
Jour 3 — Le Mourre Nègre. Le toit du Luberon : pas d'effet alpin, mais un sommet de garrigue d'où l'on voit, par temps clair, le Ventoux, la Sainte-Victoire, la mer étinceler au sud. Descente vers les gorges de l'Aïgue Brun et les ermitages rupestres — l'un des patrimoines rupestres majeurs de Provence, à cheval sur le parc naturel.
Jours 4 et 5 — Vers l'est. Le massif s'étire, les villages s'espacent : Cereste et son prieuré roman, Viens et ses ruelles voûtées, puis la descente finale vers Manosque et la vallée de la Durance. Fin de traversée urbaine, douche méritée, verre de Luberon obligatoire.
Logistique : l'eau, le lit, le feu
- L'eau commande tout : sources rares sur la crête, fontaines dans les villages — partir le réservoir plein, remplir à chaque hameau, éviter les heures chaudes l'été.
- Hébergements : gîtes d'étape et chambres d'hôtes dans presque tous les villages-clefs ; réserver de mai à septembre. Le bivouac est réglementé — se renseigner auprès du parc naturel régional du Luberon.
- Feu : interdit sur tout le massif en été ; réchauds eux-mêmes contrôlés selon le niveau d'alerte sécheresse.
- Cartes : emporter le topoguide du massif ou l'équivalent numérique — le balisage est bon, les variantes nombreuses, le téléphone capte mal dans les combes.
Quand partir ?
Septembre-octobre : lumière longue, eaux retrouvées, foules parties. Avril-mai : fleurs et montées des troupeaux. Éviter juillet-août sur la crête — chaleur sèche, risque incendie, terrains de jeu de la boucle des ocres plus adaptée aux départs matinaux.
Ce que la traversée enseigne
En trois jours de crête, le Luberon se révèle pour ce qu'il est : non pas une collection de cartes postales, mais une unité pastorale — un même calcaire, de mêmes mains de bâtisseurs de pierre sèche, un même troupeau de villages veillant sur les mêmes champs. La traversée est la meilleure introduction à tout ce que ce magazine raconte par ailleurs : les villages, le patrimoine monastique, la table et les marchés, et bien sûr la transhumance, dont les drailles croisées en chemin racontent, avant nous, la même itinérance.
La rédaction
Margaux Aubanel · rédactrice du magazine. Née à Apt, elle a grandi entre les drailles du plateau et les marchés du mardi : elle signe les portraits de villages, les itinéraires de fond de vallon et les chroniques du patrimoine du Jas du Luberon.