Tout le monde connaît la photo ; peu de gens connaissent la lecture. Pourtant le sentier des ocres de Roussillon est d'abord un document géologique exceptionnel — et il se lit mieux qu'il ne se photographie.
Deux boucles, un gisement
Le site, géré par la commune, propose deux boucles balisées qui s'enfoncent dans l'ancienne carrière : la courte, environ trente minutes, famille et poussettes légères comprises (chaussures fermées recommandées) ; la longue, environ soixante minutes, qui descend au fond du cirque et remonte par les corniches boisées. Les caillebotis et escaliers de bois protègent des sables instables : ils tracent le seul tracé autorisé. L'accès est payant — l'argent finance l'entretien et la surveillance d'un site classé — et le stationnement vit sa vie : en juillet-août, la file se forme avant neuf heures.
Ce que vous regardez
Sous vos pieds, une mer ancienne. Les sables ocreux du bassin d'Apt se sont déposés au Crétacé, il y a une centaine de millions d'années ; la dissolution des calcaires, puis l'oxydation du fer ont peint les strates en teintes que l'industrie a fini d'exploiter — jaune, orange, rouge, pourpre. Ce que le sentier traverse, c'est l'intérieur d'une carrière à ciel ouvert : les fronts de taille verticaux, les « cheminées de fée » sculptées par le ruissellement, les éboulis que le pin d'Alep colonise lentement. Chaque couche est une page ; l'ensemble forme le plus grand livre d'images géologiques de Provence — l'histoire industrielle qui va avec est racontée dans notre portrait de Roussillon.
La lumière : venir deux fois
Le sentier change de visage selon l'heure. Le matin, la lumière rasante creuse les reliefs et fait « fumer » les rouges — c'est la version dramatique, idéale en photographie. En fin d'après-midi, le soleil bas traverse les pins et chauffe les jaunes : la version dorée. À midi l'été, la lumière écrase tout et la chaleur monte des sables comme d'un four : c'est l'heure de la table, pas du sentier. Notre conseil résumé : entrer à l'ouverture, ressortir avant la foule, revenir à la tombée du jour pour le belvédère du village.
Les règles d'un site protégé
- Rester sur les passerelles : le piétinement tue la végétation pionnière et déstabilise les versants de sable.
- Ne rien prélever : pas un gramme d'ocre, pas une fleur — les bruyères et les lichens mettent des décennies à s'installer.
- Chiens tenus en laisse, comme partout sur le massif où les troupeaux voisins sont gardés : voir nos conseils face aux chiens de protection.
- Pas de vélo, pas de drone sans autorisation : le site est un espace naturel sensible avant d'être un décor.
- Feu interdit, évidemment : les sables d'ocre brûlent comme de l'amadou quand l'été sèche tout.
Le coin du marcheur
Distance : 1,5 à 3 km selon la boucle. Dénivelé : faible (moins de 100 m). Eau : aucune source sur le site, fontaines au village. À combiner avec : le village de Roussillon (1 h), le conservatoire des ocres (1 h) et, pour les jambes en forme, une remontée du vallon vers Gargas. Reportages et horaires officiels varient selon la saison : vérifier avant de venir.
Après l'ocre, le massif
Le sentier des ocres est une porte d'entrée, pas une fin. À l'est, le Colorado de Rustrel prolonge la géologie ; au sud, la muraille du Grand Luberon attend les marcheurs au long cours ; tout autour, le pays des bories et des jas tisse ses murs de pierre sèche entre les champs de lavande. Une journée parfaite : l'ocre au lever du jour, un plongeon dans la piscine d'un village, et le marché — voir notre semainier — pour composer le panier du soir.
La rédaction
Margaux Aubanel · rédactrice du magazine. Née à Apt, elle a grandi entre les drailles du plateau et les marchés du mardi : elle signe les portraits de villages, les itinéraires de fond de vallon et les chroniques du patrimoine du Jas du Luberon.